Il suffit de quelques secondes avec Gilbert Montagné pour comprendre que, derrière les tubes devenus incontournables, il y a surtout un homme profondément attaché à la vie, à la transmission et aux autres. Au micro de jewbuzz, l’artiste revient avec humour et émotion sur cinquante années de carrière, ses souvenirs, son identité et son regard sur le monde.
Son secret pour traverser les décennies sans perdre son enthousiasme ? Gilbert Montagné répond presque immédiatement : il n’en a pas vraiment.
« Mon secret, c’est que j’aime la vie. Je chante la vie, je danse la vie, mais j’aime surtout le ciel. Tout ce qui est important nous vient du ciel. »
Une philosophie qui résume assez bien l’artiste. Chez lui, la musique semble fonctionner à l’instinct. Lorsqu’une mélodie lui arrive, il préfère la saisir immédiatement plutôt que de chercher à la reconstruire plus tard.
La scène, elle, reste son terrain de jeu préféré. Même après plusieurs décennies de concerts, Gilbert Montagné parle encore de cette rencontre avec le public comme d’une forme de magie : celle d’un morceau qui quitte son auteur pour devenir celui de milliers de personnes.
50 ans plus tard, toujours le même émerveillement
Depuis ses premiers succès jusqu’aux morceaux devenus indissociables des fêtes de plusieurs générations, Gilbert Montagné a vu son public se renouveler sans jamais vraiment disparaître.
Et c’est peut-être ce qui continue de le toucher le plus : entendre aujourd’hui de très jeunes personnes connaître par cœur des chansons sorties parfois plusieurs décennies avant leur naissance.
« Ça reste toujours un émerveillement de savoir que, depuis maintenant 50 ans, mes chansons sont entrées dans vos cœurs. »
Les Sunlights des tropiques, On va s’aimer, The Fool ou encore des titres moins immédiatement associés à ses plus grands succès continuent ainsi de vivre sur scène.
Une popularité qui a même trouvé un nouveau public grâce à Mask Singer, émission dans laquelle le chanteur s’était glissé sous le costume de l’Arbre. Un souvenir qu’il raconte évidemment avec humour.
Gilbert Montagné ne semble pourtant pas particulièrement nostalgique. Il préfère accompagner les changements plutôt que regretter une époque disparue.
« Les temps changent. C’est en acceptant de muter qu’on est bien. »
Des 45-tours de son adolescence à Johnny Hallyday
Il garde malgré tout quelques souvenirs très précis de son adolescence. À 13 ou 14 ans, il traversait Paris pour aller acheter ses disques sur les Champs-Élysées. Marvin Gaye, Aretha Franklin, The Supremes… La musique américaine nourrit déjà son imaginaire.
Quelques années plus tard, c’est sa propre musique qu’il entendra sortir de la fenêtre d’un appartement voisin.
La scène est restée gravée dans sa mémoire. Son premier succès, The Fool, n’était soudainement plus seulement une chanson enregistrée en studio : quelqu’un qu’il ne connaissait pas l’écoutait chez lui.
« Je me suis dit : “Waouh… ça veut dire qu’il y a quelqu’un d’autre qui l’a !” »
Sa carrière lui offrira ensuite des rencontres qu’il n’aurait probablement jamais imaginées enfant, notamment avec Johnny Hallyday.
Tous les deux partageront la scène. Pour Gilbert Montagné, pouvoir se retrouver aux côtés d’un artiste que l’on admirait quelques années plus tôt fait partie de ces moments difficilement descriptibles.
« Quand vous avez 9 ans, que vous aimez un artiste et que dix ans plus tard vous vous retrouvez à ses côtés, ce sont des moments extraordinaires. »
Deux racines qui ont construit son identité
L’interview devient plus personnelle lorsqu’il est question de ses origines. Montagné est son véritable nom. Son père est originaire de l’Allier, dans le centre de la France. Sa mère, Jeanne Galfond, est née à Alger.
Gilbert Montagné évoque ainsi deux univers, deux histoires familiales et deux racines avec lesquelles il a grandi.
Du côté maternel, le souvenir de la guerre et de la peur a profondément marqué sa famille. Une histoire dont il explique être encore très habité aujourd’hui.
« C’était génial parce que j’avais les deux courants, les deux racines. »
« C’est plus difficile, évidemment, d’être juif »
Impossible, dans le contexte actuel, de ne pas aborder avec lui la question de l’antisémitisme.
Gilbert Montagné ne cherche pas à minimiser ce qu’il observe. Il dit sa sidération devant le fait que la société puisse encore être confrontée à une haine que beaucoup auraient pu croire appartenir au passé.
« C’est plus difficile, évidemment, d’être juif. C’est incroyable de penser qu’on en est encore là. »
Il revient notamment sur les rassemblements organisés contre l’antisémitisme. S’il se réjouit de voir cette mobilisation exister, il regrette également que la communauté juive soit encore trop souvent la première à devoir se mobiliser lorsqu’elle est elle-même visée.
Derrière ses paroles, Gilbert Montagné préfère néanmoins revenir constamment à la même idée : ne pas répondre à la haine par la haine.
« Moi, je porte l’œil à personne. Je porte l’œil de l’amour et de la bonté. Vraiment, moi je veux que les gens soient bien. »
Un vœu de paix entre Israël et le Liban
L’artiste évoque également Israël et le Liban, deux pays qu’il considère beaucoup plus proches humainement que ne pourrait le laisser penser leur histoire politique.
Il parle de populations animées par la même envie de vivre, de danser et de sourire, et formule un souhait très clair pour l’avenir.
« Je fais le vœu qu’il y ait la paix entre le Liban et Israël. »
Une phrase qui correspond finalement au fil rouge de toute la conversation : chez Gilbert Montagné, même les sujets les plus graves finissent toujours par ramener à l’idée de rapprochement et d’espoir.
Raconter l’enfant derrière l’artiste
Cette volonté de transmission se retrouve également dans son dernier album, L’Amour dans ses mains.
Gilbert Montagné explique avoir voulu y donner une place différente aux textes et revenir davantage sur son enfance, comme pour comprendre ce qui demeure en chacun derrière l’adulte que l’on devient.
« Nous ne sommes rien de plus que des enfants qui ont plus ou moins bien grandi. »
Une manière de boucler la boucle pour celui qui continue, cinquante ans après ses premiers succès, à écrire, enregistrer, monter sur scène et surtout à s’émerveiller.
Gilbert Montagné bientôt de retour sur scène
Et l’histoire est loin d’être terminée. Gilbert Montagné donne déjà rendez-vous à son public pour la suite, avec notamment une date annoncée au Dôme de Paris le 14 février 2027.
Une Saint-Valentin qui semble finalement assez bien choisie pour un artiste qui aura passé une grande partie de sa carrière à chanter l’amour.
Une interview entre souvenirs, humour, identité et transmission, à découvrir en intégralité dans la vidéo ci-dessus.