Story Time

Jonathan Chetrit : « J’ai survécu à l’attentat d’Ozar Hatorah à Toulouse »

Dans un nouvel épisode de Story Time, le format de jewbuzz consacré aux récits qui ont marqué une vie, Jonathan Chetrit revient sur la matinée du 19 mars 2012. À 17 ans, alors élève de terminale à l’école Ozar Hatorah de Toulouse, il se retrouve au cœur de l’attentat.
Jonathan Chetrit raconte l’attentat d’Ozar Hatorah dans Story Time sur jewbuzz
Jonathan Chetrit raconte l’attentat d’Ozar Hatorah dans Story Time sur jewbuzz
Jonathan Chetrit dans Story Time
Un témoignage sur l’attentat du 19 mars 2012 à l’école Ozar Hatorah de Toulouse.
Story Time jewbuzz

Pour ce nouvel épisode de Story Time, jewbuzz donne la parole à Jonathan Chetrit. Le principe du format : laisser une personne raconter, à la première personne, un événement qui a profondément marqué sa vie. Pour Jonathan, ce récit nous ramène au 19 mars 2012, à Toulouse.

Ce matin-là, sa journée commence comme toutes les autres. Un réveil, un petit-déjeuner au réfectoire, puis la prière du matin. Quelques minutes plus tard, des bruits que les élèves prennent d’abord pour des pétards vont transformer l’école en scène de crime.

Son témoignage est à découvrir en intégralité dans cet épisode de Story Time. Dans l’article, nous revenons sur les moments les plus forts de son récit.

Une matinée comme les autres

Le 19 mars 2012, Jonathan Chetrit a 17 ans. Élève de terminale et interne à l’école Ozar Hatorah de Toulouse, il commence sa journée sans imaginer ce qui va se produire.

Il descend au réfectoire pour prendre son petit-déjeuner. Le directeur de l’école arrive alors en voiture avec sa fille, Myriam Monsonego. Jonathan la voit descendre et se diriger vers l’entrée de l’établissement.

Quelques minutes plus tard, il rejoint la synagogue pour commencer la prière du matin.

« On pensait que c’étaient des pétards »

Alors qu’il sort son talit de sa pochette, des détonations se font entendre.

Dans un premier temps, Jonathan et les autres élèves pensent à des pétards.

Il regarde ensuite vers l’extérieur et aperçoit un homme vêtu de noir, portant un casque blanc. Il le prend d’abord pour un coursier venu livrer un colis.

De nouveaux coups de feu retentissent. Cette fois, l’incompréhension laisse place à la peur.

« On entend des coups de feu d’un coup et on a tous très peur. »

Quelques secondes pour comprendre l’horreur

Derrière les portes vitrées qui le séparent de la cour, Jonathan aperçoit Myriam Monsonego.

Son souvenir est rapide et fragmenté : il la voit debout, puis au sol quelques instants plus tard.

Une responsable de l’établissement arrive alors en criant qu’un tireur se trouve dans l’école et qu’il faut se cacher.

Jonathan se dirige immédiatement vers la synagogue pour prévenir les personnes présentes.

La première personne qu’il alerte est le directeur de l’établissement, le père de Myriam. À ce moment-là, Jonathan ne sait pas encore qu’en le prévenant, il va le conduire vers sa fille.

Faire sortir un maximum d’élèves

Autour de lui, des élèves de quatrième et de troisième cherchent à savoir quoi faire.

Jonathan connaît l’existence d’une issue de secours dans la synagogue qui permet de rejoindre l’autre côté de l’école.

Il ouvre cette porte et invite un maximum d’élèves à quitter les lieux par cette sortie.

Dans la panique, l’un des jeunes s’effondre dans ses bras.

« Il me dit : “Je ne veux pas mourir, je ne veux pas mourir.” Je le regarde dans les yeux et je lui dis : “On ne va pas mourir.” »

À seulement 17 ans, Jonathan explique avoir senti la responsabilité de rester fort pour rassurer les plus jeunes.

Le groupe trouve ensuite refuge dans une réserve située au sous-sol de l’un des bâtiments.

L’appel à sa sœur

Caché dans cette réserve, Jonathan prend son téléphone. La première personne qu’il appelle est sa sœur.

Il lui explique qu’un tireur se trouve dans l’établissement. À cet instant, il ignore s’il ressortira vivant de l’école.

« Je ne sais pas ce qui va se passer. Je ne sais pas ce que je vais devenir, mais il y a un tireur dans l’école. »

Dans Story Time, Jonathan décrit ce moment comme celui où l’on croit devoir faire ses adieux à ses proches, persuadé que tout peut s’arrêter à n’importe quelle seconde.

L’arme qui s’enraye

Rapidement, des messages commencent à circuler entre les élèves cachés dans différents bâtiments.

Le tireur aurait quitté l’établissement et les forces de l’ordre commencent à arriver.

Jonathan apprendra ensuite que l’une des armes du terroriste s’est enrayée, ce qui l’a conduit à fuir.

Une défaillance qui aura probablement empêché un bilan encore plus lourd.

L’attente et les premières nouvelles

Lorsque les élèves commencent à comprendre ce qui vient de se produire, le choc laisse place à une attente insoutenable.

Certains font des crises de panique. D’autres pleurent ou tentent d’aider les victimes.

Jonathan se souvient d’amis dont les vêtements étaient couverts de sang après avoir essayé de réanimer les victimes.

Les élèves restent ensemble, prient et espèrent recevoir de bonnes nouvelles.

« On était tous ensemble, on ne se lâchait pas. On espérait une seule chose : avoir des nouvelles positives. »

Peu à peu, les médecins viennent pourtant confirmer les décès.

Son école devenue une scène de crime

Étouffé par la situation, Jonathan tente à un moment de quitter l’établissement.

Il court vers l’entrée avant d’être rattrapé par un membre des secours et ramené à l’intérieur.

En quelques mètres, il découvre alors une réalité qu’il n’oubliera jamais : les douilles au sol, le sang et les corps encore présents.

Dans la rue Jules-Dalou, située devant l’établissement, le sang coule sur le trottoir.

« Vous traversez votre cour de récréation, dans laquelle vous avez l’habitude de jouer au foot ou de parler avec vos amis. Et là, votre cour s’est transformée en scène de crime. »

Trois heures avant de pouvoir sortir

Les élèves resteront près de trois heures confinés dans le réfectoire avant d’être autorisés à quitter l’établissement.

Jonathan traverse alors cette école qu’il connaît par cœur mais qui ne ressemble plus à celle qu’il a quittée quelques heures auparavant.

À l’extérieur, il tombe sur une amie qui n’était pas présente ce matin-là et qui attend devant l’école.

« C’est ma première bouffée d’oxygène. C’est mon premier contact avec l’extérieur et c’est la première fois que je m’autorise vraiment à craquer. »

Un lien indéfectible entre les anciens élèves

Quatorze ans plus tard, Jonathan explique que les anciens élèves de l’établissement restent profondément liés.

Ils ont partagé une même journée, une même peur et des images qui les accompagnent encore aujourd’hui.

« Je crois que c’est propre au peuple juif de parvenir à toujours se relever avec résilience et à toujours rester uni et solidaire, même dans les pires moments de son histoire. »

Story Time, donner du temps aux récits qui comptent

Avec Story Time, jewbuzz souhaite donner un espace à celles et ceux qui ont vécu des événements capables de bouleverser une existence.

Le format laisse volontairement la parole au témoin, sans chercher à interrompre ou à surcharger son récit. L’objectif est de laisser les souvenirs, les émotions et les mots raconter l’histoire.

Le témoignage de Jonathan Chetrit s’inscrit pleinement dans cette démarche : raconter ce qu’il a vu, ce qu’il a ressenti, mais aussi ce qui l’a aidé à traverser cette journée.

Ne jamais oublier

Le 19 mars 2012, quatre personnes sont assassinées à l’école Ozar Hatorah de Toulouse : Jonathan Sandler, ses fils Gabriel et Arieh, ainsi que Myriam Monsonego.

Le récit de Jonathan raconte l’horreur de cette matinée, mais aussi l’unité des élèves, la solidarité et la manière dont chacun a tenté d’aider l’autre.

Quatorze ans après l’attentat, ce nouvel épisode de Story Time rappelle aussi pourquoi raconter reste essentiel : pour transmettre la mémoire et ne jamais oublier.

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