Story Time

Zarie Sibony : « J’ai survécu à l’attentat de l’HyperCacher »

Le 9 janvier 2015, Zarie Sibony travaille à l’HyperCacher de la porte de Vincennes lorsqu’un terroriste pénètre dans le magasin. Dans Story Time, elle raconte à jewbuzz les quatre heures de prise d’otages qui ont bouleversé sa vie, les secondes où elle s’est crue morte et le long chemin de reconstruction qui a suivi.
Zarie Sibony raconte l’attentat de l’HyperCacher dans Story Time sur jewbuzz
Zarie Sibony raconte l’attentat de l’HyperCacher dans Story Time sur jewbuzz
Zarie Sibony dans Story Time
Le témoignage d’une survivante de l’attentat de l’HyperCacher du 9 janvier 2015.
Story Time jewbuzz

Pour ce nouvel épisode de Story Time, jewbuzz donne la parole à Zarie Sibony. Onze ans après l’attentat de l’HyperCacher, elle revient sur cette journée avec une précision saisissante : le premier coup de feu, l’arme pointée sur elle, les otages, les victimes, l’assaut… mais aussi l’après, les traumatismes invisibles et la décision de continuer à vivre.

À l’époque, Zarie vit en Israël. Elle est revenue à Paris pour passer du temps avec sa famille et mettre de l’argent de côté afin de poursuivre ses études.

Elle travaille alors comme caissière à l’HyperCacher de la porte de Vincennes.

Dans cet épisode de Story Time, elle raconte elle-même les moments qui ont marqué ces quatre heures de prise d’otages.

13 h 15 : les premiers coups de feu

Nous sommes le vendredi 9 janvier 2015. Il est environ 13 h 15 lorsque Zarie entend les premières détonations.

Elle est à sa caisse. Autour d’elle, les clients commencent à paniquer et à courir dans tous les sens.

Elle, au contraire, reste figée. Elle cherche seulement un endroit où se cacher sans comprendre exactement ce qui est en train de se produire.

Elle se recroqueville sous sa caisse. Puis le magasin devient silencieux.

Elle entend alors les pas du terroriste se rapprocher.

« Tu n’es pas encore morte, toi ? »

Cachée sous sa caisse, Zarie voit l’homme arriver face à elle. Il est lourdement armé.

Le terroriste la découvre et pointe son arme dans sa direction.

« Il me dit : “Tu n’es pas encore morte, toi ? Tu ne veux pas mourir ?” Et là, il vise son arme sur moi. »

Par réflexe, Zarie ferme les yeux et baisse la tête. Une détonation retentit.

Elle entend ensuite les pas du terroriste s’éloigner. Elle réalise qu’elle peut encore bouger et respirer.

« Je me dis : “Mais quoi ? Je ne suis pas morte.” »

La balle a frappé sa caisse. Elle comprend alors qu’elle vient d’être manquée de très peu.

Elle devient l’une des otages

Le terroriste demande ensuite aux personnes présentes de se regrouper autour de lui.

Zarie se lève et découvre déjà l’une des victimes au sol.

Il récupère les téléphones et les passeports, puis comprend que Zarie est employée du magasin.

Parce qu’elle connaît les lieux, il lui ordonne de descendre au sous-sol pour faire remonter les personnes qui se sont cachées.

Il menace de tuer l’une de ses collègues si elle n’exécute pas son ordre.

Descendre chercher ceux qui se cachent

Au sous-sol, Zarie découvre des clients terrifiés. Certains tentent de se dissimuler derrière des poteaux, sous des cartons ou dans le congélateur.

Elle leur demande de remonter, persuadée que le terroriste continuera à tuer s’ils ne lui obéissent pas.

Mais personne ne veut la suivre.

Elle remonte alors seule, consciente que sa collègue est toujours menacée.

« Vous êtes juifs et français »

Tentant encore de comprendre les intentions de l’assaillant, Zarie lui propose d’ouvrir les caisses s’il est venu chercher de l’argent.

Le terroriste se moque d’elle.

Il lui fait comprendre que l’argent n’est évidemment pas la raison de sa présence.

Dans son récit, Zarie rapporte alors des propos explicitement antisémites et dirigés contre les Français présents dans le magasin.

« Il nous a dit que nous étions les deux personnes qu’il détestait le plus au monde : juifs et français. »

Voir mourir ceux qui étaient autour d’elle

Pendant toute la prise d’otages, Zarie est confrontée aux victimes et aux blessés.

Elle raconte notamment un homme grièvement blessé, dont les plaintes agacent le terroriste. Celui-ci demande alors aux otages s’ils veulent qu’il l’achève.

Tous répondent immédiatement non.

Zarie reste longtemps persuadée qu’il finira par sortir vivant du magasin. Elle apprendra ensuite qu’il n’a pas survécu.

Celui qu’elle tente d’empêcher d’entrer

À un moment, le terroriste ordonne à Zarie de fermer le rideau métallique du magasin.

Alors qu’elle s’approche de l’entrée, elle voit un client qui cherche à entrer : François-Michel Saada.

Elle tente de lui faire comprendre qu’il doit partir, sans pouvoir lui dire qu’un terroriste armé se trouve juste derrière elle.

Le client insiste pour entrer rapidement. Lorsqu’il finit par comprendre ce qui se passe, il tente de repartir.

Il est alors abattu.

« Je venais de parler avec quelqu’un et deux secondes après, il mourait sous mes yeux. »

Zarie reste figée.

Le terroriste lui ordonne pourtant de continuer à fermer le magasin.

« J’ai eu le sentiment, à ce moment-là, de nous enterrer tous vivants. »

Une mère, son bébé et le congélateur

Le terroriste demande ensuite à Zarie de redescendre une dernière fois.

Au sous-sol, elle découvre encore plusieurs personnes, dont une mère avec son bébé.

Ils préfèrent rester cachés dans le congélateur plutôt que de remonter auprès du terroriste.

Zarie accepte et referme la porte, espérant que leur présence restera inconnue.

Pour Zarie, Yoav Hattab reste un héros

Plus tard, un mouvement laisse croire aux otages que quelqu’un a peut-être réussi à neutraliser le terroriste.

Zarie tente alors d’ouvrir le rideau métallique pour permettre au groupe de s’échapper.

Mais l’assaillant réapparaît.

Elle comprendra ensuite que Yoav Hattab avait tenté de s’emparer de son arme.

Il est tué.

« Pour moi, c’est le héros de cette histoire. Son but était de faire quelque chose pour nous aider, pour nous sortir de là. »

L’appel à la police qui tourne court

À un moment, le terroriste demande lui-même à Zarie d’appeler la police.

Elle compose d’abord le 17 et tombe sur un message d’attente.

Elle propose ensuite d’appeler directement le commissariat de Saint-Mandé.

Lorsqu’elle explique qu’elle fait partie de la prise d’otages de la porte de Vincennes, son interlocutrice croit d’abord à un canular et raccroche.

« Je me suis dit : il nous permet d’appeler la police et personne ne veut nous aider. »

Zarie insiste jusqu’à parvenir finalement à établir le contact.

Attendre, seconde après seconde

Les otages sont ensuite regroupés. Le terroriste leur parle, recharge ses armes devant eux et expose ses revendications.

Pour Zarie, chaque bruit de munition rappelle qu’il peut ouvrir le feu à tout moment.

« Pour nous, chaque seconde qui passe, on est dans l’angoisse. »

Elle est alors persuadée qu’elle va mourir.

La question n’est même plus de savoir si cela arrivera, mais comment.

« J’étais persuadée que j’allais mourir. La question, c’était : est-ce que ça va faire mal ? »

L’appel à sa mère

Durant un rare moment où le terroriste s’éloigne, Zarie tente de contacter sa famille.

Elle appelle le téléphone de son frère, pensant éviter ainsi de faire paniquer sa mère.

Mais c’est justement sa mère qui décroche.

Pour la première fois depuis le début de l’attaque, Zarie craque.

« En entendant sa voix, j’avais l’impression que je lui disais au revoir. »

Sa mère tente de la rassurer. Elle lui rappelle toutes les personnes qui prient pour elle et les autres otages.

Zarie lui répond qu’elle ne croit plus vraiment avoir de chance de sortir vivante.

Pourtant, elle explique aujourd’hui que cette conversation lui a redonné une partie de la force dont elle avait besoin pour continuer.

Le rideau métallique commence à se lever

Après plusieurs heures, des coups violents retentissent à l’entrée.

Le rideau métallique commence à monter. Zarie comprend que les forces de l’ordre vont intervenir.

Elle se couche au sol près de l’entrée, la tête protégée dans ses bras.

Puis les tirs commencent.

« On aurait dit un champ de bataille. Ça tirait de partout. Je ne savais plus qui tirait sur qui. »

Quelques minutes plus tard, quelqu’un annonce que le terroriste est mort et que les otages peuvent sortir.

Après quatre heures passées dans cette atmosphère, Zarie n’ose pourtant pas bouger immédiatement.

Survivre n’était que le début

Pour Zarie, la fin de la prise d’otages ne marque pas la fin de l’histoire.

Commence alors un autre combat : celui du traumatisme, des cauchemars, des images qui reviennent et du besoin de reconstruire une vie normale.

« S’il n’avait pas réussi à me tuer physiquement ce jour-là, je ne voulais pas non plus qu’il réussisse à me tuer mentalement. »

Zarie explique avoir tout fait pour redevenir la personne qu’elle était avant.

Elle raconte également que son indemnisation par l’État français aura pris dix ans.

« J’ai eu ma vie en cadeau une deuxième fois »

Avec les années, son regard sur ce qu’elle a vécu a évolué.

Là où il y avait d’abord la colère, les questions et l’incompréhension, Zarie parle aujourd’hui de reconnaissance et de responsabilité.

« J’ai eu ma vie en cadeau, pas seulement une première fois quand je suis née, mais une deuxième fois ce jour-là. »

Elle explique ressentir le devoir de donner du sens au temps qui lui a été accordé, consciente que d’autres n’ont pas eu la même chance.

Story Time, transmettre ceux que l’on ne doit pas oublier

Avec Story Time, jewbuzz laisse la parole à celles et ceux dont une journée, une rencontre ou un événement a bouleversé l’existence.

Dans cet épisode, Zarie ne raconte pas seulement comment elle a survécu.

Elle raconte aussi ceux qui étaient avec elle, ceux qui ont tenté d’agir et ceux qui ne sont jamais ressortis du magasin.

Parler en leur nom

Quatre personnes sont assassinées lors de l’attentat de l’HyperCacher le 9 janvier 2015 : Yohan Cohen, Yoav Hattab, Philippe Braham et François-Michel Saada.

Onze ans plus tard, Zarie explique que son témoignage est aussi une manière de perpétuer leur mémoire.

« Je parle aujourd’hui en leur nom pour perpétuer leur mémoire, pour surtout ne pas qu’on les oublie. »

Ce Story Time est le récit d’une survivante. Mais il est aussi un hommage à Yohan Cohen, Yoav Hattab, Philippe Braham et François-Michel Saada. Pour que leurs noms et leur histoire ne soient jamais oubliés.

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